Une frontière entre pauvreté et persécutions
« Controllo fuggiaschi »
Le registre de Caprino (septembre 1943 à avril 1945)
1 Le registre « Controllo fuggiaschi » est un document exclusif, unique en son genre. Il énumère les réfugiés accueillis et refusés à Cantine di Gandria. On peut ici découvrir certaines de leurs histoires, parfois heureuses, parfois dramatiques.
2 La force du destin
La comtesse Wally Castelbarco Toscanini fuit l'Italie avec sa fille Emanuela et rejoint Caprino le 11 novembre 1943. Elle est la fille d'un célèbre et excellent chef d'orchestre, Arturo Toscanini, farouche opposant du fascisme, exilé aux États-Unis.
La musique jouée dans cette salle, La Forza del Destino de Giuseppe Verdi, est précisément dirigée par le grand maestro.
- Wally Toscanini (1900-1991) en 1931
- Le maestro Arturo Toscanini, avec sa fille Wally (à gauche) et sa petite-fille Emanuela (à droite) en 1935
3 Le registre de Caprino
Pendant la guerre, les dispositions d'accueil étaient émises par le Département fédérale de justice et police. Mais fixer des directives sur la carte depuis un bureau bernois, et se confronter à la frontière à des personnes en chair et en os sont deux choses très différentes. Pour les gardes-frontière, c'était une mission difficile, parfois ingrate, en particulier vis-à-vis des Juifs.
Le registre de Caprino est le seul registre d'un poste frontière sur les réfugiés accueillis et refusés durant la Seconde Guerre mondiale conservé en Suisse. Son nom vient de l'ancienne appellation du poste douanier qui se tenait ici et qui abrite désormais le Musée. Les noms des fugitifs provenant d'Italie parcourent précisément les murs de ce bâtiment : ceux accueillis en gris foncé en et ceux refusés en gris clair.
On peut découvrir ici les histoires dramatiques, aventureuses, émouvantes de certains d'entre eux.
- Le Musée des douanes de l'époque en images, quand il était appelé «poste frontière de Caprino»
4 La politique d'asile en chiffres
- 51 000
- Total des réfugiés civils accueillis en Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale - 14 000 Italiens, 10 400 Français, 8000 Polonais, 3250 Soviétiques, 2600 Allemands, 2200 apatrides - 25 000 hommes, 15 000 femmes, 10 000 enfants
- 21 300
- Juifs ou personnes d'origine hébraïque accueillis
- 20 000
- Réfugiés civils refusés
- 104 000
- Soldats accueillis
- Source : La Suisse, le national-socialisme et la Seconde Guerre mondiale, rapport final de la Commission Bergier, Zurich, 2002
- 250
- Réfugiés accueillis à Caprino - 97 Juifs, 27 prisonniers de guerre alliés évadés, 26 déserteurs, 29 politiciens, 70 civils, 1 partisan
- 173
- Réfugiés refusés à Caprino - 53 Juifs, 71 déserteurs, 49 civils
- Juifs
- 97 Juifs sur 150 sont accueillis à Caprino (65 %). Sur 53 Juifs refusés, 21 sont acceptés au cours d'autres tentatives, ce qui équivaut à un taux d'accueil total de 79 % - 11 Juifs refusés sont ensuite arrêtés et déportés à Auschwitz, d'où seuls deux reviendront
- Source : Registre «Controllo fuggiaschi», Archives fédérales suisses, Berne
5 Rosa Jakubowski (1899-1962), Berlin
Un soldat tessinois désobéit aux ordres et aide Rosa et son fils Hans à se mettre à l'abri.
5 Silvia Liuzzi (1938), Florence
«J'avais une sœur, Elvezia, qui portait le nom du pays qui nous a accueillis.»
5 Leonardo De Benedetti (1898-1983), Turin
Un destin dramatique, qui amène Leonardo à se lier d'une intense amitié avec Primo Levi.
5 Ornella Ottolenghi (1929), Milan
« Je ne me souviens que de la peur de marcher, de tomber, car c'était évidemment très escarpé. »
6 Légendes des objets
- Registre du poste frontière de Caprino
- Passeport allemand original appartenant à Rosa Jakubowski, avec la marque J pour «Jude» (Juif)
- Procès-verbal d'interrogatoire d'Emma Liuzzi, la grand-mère de Silvia Luizzi. Les circonstances de leur fuite en Suisse y sont consignées