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Une frontière entre pauvreté et persécutions

« Frontière et contrebande »

1 Comment la frontière entre l'Italie et la Suisse a-t-elle vu le jour ? Après la loi, la ruse : pourquoi la contrebande a-t-elle connu un tel essor dans cette région ?

2 Les mules

En Italie, certains biens étaient soumis à un monopole ou fortement taxés, et coûtaient donc très cher. La différence de prix entre les deux pays a ainsi provoqué un important trafic de marchandises de la Suisse vers l'Italie. Pour la Suisse, ce trafic n'était pas illégal, étant donné qu'il ne portait préjudice qu'au fisc transalpin. À l'époque, l'extrême pauvreté poussait à pratiquer le dur et dangereux métier de contrebandier.

  • Sans indication de lieu, 1955
  • Maglio di Colla, Val Colla, 1914
  • Spruga, Valle Onsernone, 1899

3 Les commerçants

Pour la Suisse, la contrebande représenta une activité commerciale économiquement très importante. Les commerçants et les restaurateurs aux abords de la frontière faisaient de bonnes affaires en approvisionnant les mules en marchandises et en nourriture.

  • Commerces actuels de la frontière, Novazzano, 2021
  • Poste frontière entre Stabio et Rodero, 1925
  • Roggiana, 1915
  • Novazzano, 1920
  • Alpe del Bonello, Valle di Muggio, 1914. En plus d'un restaurant, l'Alpe del Bonello, située à deux pas de la frontière, disposait d'un petit magasin pour les marchandises destinées à la contrebande

4 L'industrie du tabac

Le tabac faisait partie des marchandises les plus exportées illégalement. Au Tessin, l'industrie du tabac se développa dans la seconde moitié du XIXe siècle, devenant rapidement l'un des secteurs principaux de l'économie. La proximité avec les chemins connus de contrebande joua un rôle déterminant.

  • Affiche publicitaire de l'usine Tabacchi Polus à Balerna
  • Ouvrières au travail dans l'usine Orienta de Lugano, 1937. On peut observer le panneau « Interdiction de bavarder »
  • Déchargement des feuilles de tabac à la Fabbrica Tabacchi de Brissago, 1923
  • Cigarières dans la Fabbrica Tabacchi de Brissago, 1923
  • Carte de 1910 indiquant les usines de tabac, le plus souvent le long de la frontière, proches des chemins de contrebande

5 La frontière sur le terrain

Les terres du Sottoceneri deviennent suisses en 1517, mais leurs frontières ne sont définies que dans le cadre de l'accord de 1552 entre l'empereur Charles Quint et les cantons confédérés et leurs alliés. Durant le règne de Marie-Thérèse d'Autriche, les frontières sont détaillées dans le Traité de Varèse (1752). Après l'unification de l'Italie en 1861 sous l'égide de Victor-Emmanuel II de Savoie, la frontière prend alors sa forme institutionnelle actuelle.

  • Charles Quint
  • Marie-Thérèse d'Autriche
  • Victor-Emmanuel II de Savoie
  • Borne de 1559 à Stabio, parmi les plus anciennes
  • Borne de 1754 à Stabio, érigée selon le Traité de Varèse de 1752
  • Borne de 1861, année de l'unification de l'Italie, à Cadro

5 La frontière sur la carte

Cartes de la première moitié du XIXe siècle montrant le travail ardu des géomètres du canton du Tessin et de l'État de Milan pour tracer la frontière dans les montagnes surplombant Cantine di Gandria.

  • Carte non datée
  • Carte approuvée le 8 avril 1834
  • La région montagneuse au-dessus de Cantine di Gandria, où passe la frontière nationale
  • Carte approuvée le 19 août 1816

6 L‘origine de la ramina (clôture métallique)

La construction de la clôture métallique, appelée ramina au Tessin, débuta dès les années 1880 afin d'empêcher la contrebande. Cette clôture disposait d'un ingénieux système d'alarmes constitué de clochettes fixées à l'aide de ressorts spéciaux. Celles-ci tintaient au moindre mouvement, et faisaient accourir les gardes-frontière.

  • Jeunes contrebandiers armés de tenailles en plein travail
  • Sur les pentes du Poncione d'Arzo. On peut observer les clochettes fixées à la clôture avec des ressorts spéciaux
  • Douaniers posant devant la ramina

6 La ramina aujourd'hui

La frontière s'efface et la nature reprend ses droits.

  • Stabio, 2020
  • Stabio, 2020
  • Pedrinate, 2020
  • Stabio, 2020

7 Les bâtiments douaniers

Il existe une immense production de cartes postales sur les édifices douaniers : la frontière a toujours revêtu une importance identitaire pour la région et ses habitants.

  • Douane de Brusino Arsizio, 1939
  • Poste frontière de Val Mara, entre Lanzo et Arogno, non datée
  • Poste frontière de Pedrinate avec l'imposante ramina, 1915

7 Chiasso : la plaque tournante

Chiasso, porte d'entrée pour le trafic international au fil du temps.

  • Poste frontière de Chiasso Brogeda, 1960
  • Poste frontière de Chiasso Strada, 1910
  • Poste frontière de Chiasso Strada, 1951
  • Poste frontière de Chiasso Strada, 2020

8 La frontière qui divise

La frontière est souvent illogique. À une époque, la propriété « La Cassina » était coupée en deux : un côté à Vacallo (CH), l'autre à Maslianico (I). La partie suisse de l’établissement (à gauche) fut détruite en 1943. Et au cas où cela ne suffisait pas, le toit était entravé par une importante ramina.

  • Façade ouest le long de la frontière nationale en 1945, avec des fenêtres en brique de verre et la ramina sur le toit, et son état actuel
  • Façade sud divisée par la ramina avant la destruction de la partie suisse de l'immeuble en 1943, ce à quoi elle ressemblait en 1978 et son état actuel

8 La frontière qui unit

Le long de la frontière, les fidèles suisses et italiens se partagent certains lieux de culte, comme l'église du col de San Lucio (1554 m), à cheval sur Val Colla (CH) et Val Cavargna (I).

  • Marché sur le San Lucio, 1951
  • La ramina ouverte et gardée par un garde-frontière italien durant la fête de San Lucio, 1951
  • Préparation et partage du repas entre communautés frontalières, 1951
  • Fidèles sur le San Lucio, il y a quelques années

9 Les chiens contrebandiers

Les chiens contrebandiers firent leur apparition dans les années 1880. Le meilleur ami de l'homme était dressé pour effectuer le trajet entre la Suisse et l'Italie en portant un petit paquet de 5 à 10 kg sur son dos. Les gardes-frontière avaient l'ordre d'ouvrir le feu sur les pauvres bêtes et en ont abattu plusieurs centaines.

  • Carte postale d'époque avec un chien contrebandier, non datée
  • Carte postale d'époque avec un chien contrebandier, 1913
  • Carte postale d'époque avec un chien contrebandier, non datée

10 Gardes-frontière et mules

Dans les villages italiens frontaliers, les gardes des finances étaient cernés par l’hostilité la plus totale. Leurs conditions de vie étaient extrêmement dures : discipline militaire stricte, tours de garde exténuants sous les intempéries et salaires misérables. La lutte entre les gardes des finances et les mules était donc celle des délaissés de la société.

  • 1.-5. Cartes postales d'époque avec des épisodes de la lutte entre gardes-frontière et mules

11 Le duc de la montagne

Dans les années 30, une mule de la Valle d'Intelvi s'illustra par son audace et sa capacité à échapper aux gardes-frontière. Il s'appelait Clemente Malacrida et était surnommé « le duc de la montagne ». Dans son audacieux palmarès figure la tentative d'entrée à Arogno, le 3 janvier 1934, à la tête d'un groupe de 131 mules. Le cortège fut mis en fuite par les gardes-frontière. Après diverses péripéties, le « duc de la montagne » fut arrêté. En mai 1936, durant une tentative d'évasion, il fut abattu par les agents dans d'obscures circonstances. Le mystère planant autour de sa mort ne cesse d'alimenter la légende.

  • Storia di Como. Dall’età di Volta all’epoca contemporanea (1970-1950) V/1, Como 2008, p. 212
  • Il ducato dei contrabbandieri est un roman publié en 1950 par l'ancien gardes-frontière italien Giuseppe Valesi, inspiré de l'histoire de Clemente Malacrida, le « duc de la montagne »
  • Mandat d'arrestation pour Clemente Malacrida
  • Mules dirigées par le « duc de la montagne », mises en fuite par les gardes-frontière. La Domenica del Corriere, 12 janvier 1934

12 Les revues illustrées

En Italie, les revues illustrées abordent le sujet de la contrebande en mettant en scène les affrontements dans les montagnes. Les mules suscitent même l'intérêt des reporters d'images suisses, qui expriment de la sympathie et de la compréhension à leur égard. De part et d'autre de la frontière, la population n'a jamais considéré la contrebande comme une pratique immorale.

  • La Domenica del Corriere, 19-26 juillet 1908
  • La Domenica del Corriere, 23 juin 1901
  • La Domenica del Corriere, 8 janvier 1911
  • La Domenica del Corriere, 16 juin 1907
  • Zürcher Illustrierte, 20 septembre 1935
  • Der Aufstieg, 22 mai 1936. Reportage à Binn, en Valais. Pour protéger les mules de l'article, le lieu n'est pas indiqué